Colères et grosses émotions : l'aider à mettre des mots sur ce qu'il ressent
Il se roule par terre parce que sa tartine a été coupée en triangles et non en carrés, et vous restez démuni devant une colère sans commune mesure avec sa cause, alors qu'il s'agit de l'un des moments les plus ordinaires de cet âge.
Pourquoi ses tempêtes sont si fortes
Entre trois et six ans, un enfant ressent les émotions avec une grande intensité, mais les zones du cerveau qui permettent de les réguler, de prendre du recul et de patienter sont encore loin d'être matures, puisqu'elles continuent à se développer pendant toute l'enfance et l'adolescence. Il manque aussi souvent de mots pour dire ce qui se passe en lui, si bien que la frustration, la fatigue ou la déception sortent d'un seul bloc. Une colère n'est donc pas un manque d'éducation, mais le signe qu'il n'a pas encore les outils pour faire autrement.
Pendant la colère, rester présent
Au plus fort de la crise, les explications et les raisonnements ne servent pas à grand-chose, parce qu'il n'est tout simplement pas en état de les entendre. Mieux vaut rester près de lui, calme, avec peu de mots, et veiller à ce qu'il ne se fasse pas mal ni ne fasse mal aux autres. S'il tape ou lance des objets, l'arrêter fermement mais sans brutalité, en lui disant que vous ne le laisserez pas faire, pose une limite claire sans ajouter de l'huile sur le feu.
Après, mettre des mots
C'est une fois la tempête passée que l'on peut revenir sur ce qui s'est passé, en mettant des mots sur ce qu'il a ressenti : « tu étais très en colère parce que tu voulais continuer à jouer ». Au fil du temps, il apprend ainsi à distinguer la colère de la tristesse ou de la peur, puis des nuances plus fines comme la déception, la frustration ou la jalousie, et pouvoir nommer ce que l'on ressent est déjà une première façon de le maîtriser.
Les histoires, un terrain neutre pour en parler
Il est souvent plus facile pour un enfant de parler des émotions d'un personnage que des siennes. En lisant une histoire, vous pouvez lui demander comment se sent le héros à son avis, à quoi il le voit sur son visage ou dans sa posture, et ce qu'il pourrait faire pour se sentir mieux. Ces questions enrichissent son vocabulaire, travaillent sa compréhension du récit, et il n'est pas rare qu'il ajoute de lui-même : « moi aussi, j'étais fâché l'autre jour ».
Montrer l'exemple aide beaucoup. Dire à voix haute ce que vous ressentez, par exemple « je suis énervée, je vais respirer un grand coup avant de répondre », lui montre qu'un adulte aussi a des émotions fortes, et qu'il existe des façons de les traverser.
Quelques outils simples
Un coin calme dans la maison, avec un coussin, un doudou et quelques livres, où il peut aller de lui-même quand il sent la colère monter, lui offre une porte de sortie. Souffler très fort comme pour éteindre des bougies d'anniversaire, serrer une peluche ou montrer sur des dessins de visages la « météo » de ses émotions sont autant de moyens concrets que l'on peut lui proposer, à condition de les essayer à froid, quand tout va bien, plutôt qu'au milieu d'une crise.
Ces conseils sont des repères généraux. Si les colères de votre enfant sont très fréquentes, très violentes ou pèsent sur la vie de famille ou à l'école, n'hésitez pas à en parler à votre médecin ou à votre pédiatre.